1. Qui sommes-nous ?

Qui sommes-nous ?

L’UPAD, Union professionnelle des auteurs de doublage, regroupe une centaine d’auteurs. C’est la seule organisation dédiée exclusivement aux auteurs de doublage.

Elle réunit des professionnels confirmés soucieux de faire connaître leur métier auprès de l’ensemble de leurs partenaires. Elle œuvre à ce que toutes les conditions, artistiques et matérielles, soient réunies pour que le public ait accès à des doublages de qualité. Elle renseigne ses membres sur l’actualité du droit d’auteur.

Elle représente les auteurs et fait valoir leurs droits auprès de nombreuses instances (Ircec, Agessa, Sacem, Ministère de la Culture, Afdas…) et est signataire de la Charte des bons usages du CNC.

Elle est aussi à la tête du combat européen visant à inciter les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) à mieux rétribuer les créateurs de contenu et à lutter contre les idées fausses répandues par les géants du net pour persuader les députés que la directive européenne constitue une entrave au partage de la connaissance sur le web.

Un peu d’histoire …

Nous sommes dans les années 2000. Rébecca et Nicolas, jeunes dialoguistes, croisent Jean-Louis, dialoguiste confirmé, représentant du groupe doublage / sous-titrage au Snac, syndicat national des auteurs et des compositeurs à Paris. Entre eux et Vanessa, fille de Jean-Louis et auteur multicarte, se tisse bientôt une solide amitié ancrée sur un respect mutuel et une même envie de défendre le collectif, ainsi que leur métier.

Début des années 2010. La profession évolue: le numérique et la « rythmo virtuelle » se sont imposés, quasi généralisés. Le profil sociologique des auteurs change aussi, de plus en plus issus d’universités alors que la génération précédente s’était formée sur le tas après avoir exercé ses talents d’auteurs dans d’autres domaines. Les cadences de production, et celles imposées aux auteurs, s’accélèrent sous prétexte que le numérique – belle idée reçue – devrait simplifier la tâche des auteurs. Les tarifs proposés aux auteurs ne sont plus revalorisés. Le multilingue crée un besoin massif d’auteurs de sous-titres exploités que les laboratoires pressent à accepter des tarifs indécents au prétexte qu’ils n’ont qu’à négocier avec les auteurs de doublage pour obtenir une plus grande part de leurs droits.

Nos quatre dialoguistes prennent conscience qu’en parallèle de l’existence d’un syndicat généraliste, il est essentiel de créer une organisation professionnelle regroupant exclusivement des auteurs de doublage, pour répondre aux besoins spécifiques à ces auteurs. Une association qui représentera les dialoguistes professionnels, soucieux de se tenir informés de l’évolution de leur métier, qui se mobilisera auprès des plus hautes instances en période de réforme sociale, qui portera la parole des auteurs du répertoire doublage auprès de la Sacem, et qui permettra aux auteurs de se retrouver en assemblée générale, de partager autour de leur passion commune, autour de leurs envies professionnelles, de leurs doutes.

Dès sa naissance, l’Upad a eu la volonté de faire connaître notre profession, de la promouvoir, de la valoriser, mais aussi de défendre le droit d’auteur de manière générale, la gestion collective, et de se montrer solidaire des combats menés par des auteurs d’autres secteurs. Née de l’enthousiasme de quatre professionnels passionnés qui ont vite convaincu une centaine d’auteurs d’être signataires de « l’appel de l’Upad » en 2011, cette organisation professionnelle n’a pas tardé à être reconnue par les instances officielles (ministère de la culture, CNC, Sacem, Afdas, Agessa, Ircec…) et dans les festivals comme étant un précieux partenaire pour porter la voix des auteurs et pour que vive le dialogue.

Hommage à l’un de nos fondateurs : Jean-Louis SARTHOU

Jean-Louis Sarthou a écrit ses premiers dialogues de doublage dans la deuxième partie des années 1980. Mais il avait déjà une belle carrière de dramaturge et de metteur en scène ainsi que de traducteur littéraire. Toujours curieux de s’essayer à différents modes d’expression, il avait également participé au mouvement artistique lettriste d’Isidore Izou, au début des années 1970, aventure qui l’a fait participer à des créations musicales, littéraires, poétiques, scéniques et picturales.

Il connaissait déjà un peu le doublage par sa maman, la comédienne Raymonde Reynard, qui avait prêté sa voix à de nombreuses actrices dont Grace Kelly à la grande époque des studios hollywoodiens. Dans le milieu des années 1980, les chaînes de télévision se sont multipliées. Des séries emblématiques ont été diffusées en France, dont celles sur lesquelles Jean-Louis a commencé sa deuxième carrière: Kung-Fu, Tarzan, Laredo, Wonderwoman, L’Homme qui tombe à pic… puis X-Files, série sur laquelle il a collaboré pendant 9 saisons avec son confrère et grand ami Patrick Siniavine. La série de Lars Von Trier L’hôpital et ses fantômes avait été l’un de ses plus grands plaisirs d’adaptateur.

Jean-Louis était un auteur passionné, amoureux des mots, et le doublage était pour lui une discipline de jonglage et surtout une activité jouissive tant l’importance de trouver le mot juste est peut-être encore plus grande que pour un auteur qui part d’une page blanche. Adapter, c’est transmettre, et la transmission était une préoccupation constante. Il animait depuis dix ans le séminaire Ecrire pour le doublage à l’université de Nice, formation originale qu’il avait créée et qui mettait les étudiants, pendant plusieurs semaines, au contact de professionnels, leur permettant de suivre leurs textes jusqu’à leur interprétation en studio. C’est au nom de ce désir de former la relève qu’il a milité pour l’existence d’une formation professionnelle pour les artistes-auteurs et qu’il a été nommé à la commission Formation de la Sacem et à la commission Audiovisuel de l’Afdas.

Désireux d’explorer toutes les possibilités qu’offre l’écriture, il a également signé deux romans dont L’archiduc sans frontière sur le personnage de Louis Salvador de Habsbourg, un personnage atypique qui s’est détourné de la cour d’Autriche pour se consacrer à l’étude de l’île de Majorque, deuxième patrie de Jean-Louis.

Par ailleurs, Jean-Louis était très impliqué dans le milieu syndical et il est devenu vice-président du SNAC au sein duquel il a milité de nombreuses années. Membre de la commission de l’audiovisuel de la Sacem, il a beaucoup œuvré pour que notre répertoire, à l’époque totalement inconnu des autres sociétaires et parfois même des employés, ait la place qu’il a aujourd’hui, régulièrement cité par ses administrateurs et son dirigeant. En 2006, alors président de la commission de l’audiovisuel, il avait notamment mis sur pied la première grande manifestation autour du doublage, une journée professionnelle qui s’est tenue à la Sacem et a attiré de nombreux auteurs, diffuseurs mais aussi journalistes qui se sont alors intéressés à cette activité méconnue du grand public. Juste avant sa disparition, dix ans plus tard, il avait organisé un atelier d’écriture de doublage réservé à 8 employés de la Sacem, expérience inédite qui a fait l’objet d’un documentaire commandé par la Sacem et largement apprécié lors de ses diffusions en festival.

En 2011, il avait eu l’idée avec son jeune confrère Nicolas Mourguye, de créer une association d’auteurs de doublage destinée à promouvoir, faire connaître et défendre cette profession mais aussi le droit d’auteur en général et à contribuer au respect des dialoguistes. C’est de leur volonté et désir communs qu’est née l’UPAD.

Jean-Louis était infatigable, toujours débordant d’enthousiasme, curieux de tout, cultivé, ouvert, tolérant, et toujours prêt à rire. Né d’une mère comédienne et d’un père metteur en scène, il a toujours eu à cœur de transmettre la passion de la création. Il a vécu 50 ans avec son épouse Dany Tayarda, comédienne avec qui il a monté de nombreux spectacles et avec qui il n’a jamais cessé de travailler et de partager la genèse de ses multiples œuvres. Leur fille, elle-même devenue auteur touche-à-tout, tantôt dialoguiste de doublage, tantôt poète et parolière, leur est profondément reconnaissante de lui avoir transmis la passion de l’écriture et le goût du collectif.

Sa disparition soudaine le 2 avril 2017 à l’âge de 70 ans a beaucoup ému ses amis, ses confrères, le monde du doublage et de la défense du droit d’auteur qui a perdu l’un de ses auteurs les plus exigeants et son plus grand militant.

De la détection à l’enregistrement: une brève histoire du doublage

Qu’est-ce que le doublage ?

Il s’agit du processus qui permet au spectateur de voir et d’entendre un film dans une langue différente de la langue originale dans laquelle il a été tourné.

Histoire du doublage:

Au cinéma, le doublage naît suite à l’arrivée du cinéma parlant, afin de pouvoir proposer des films dans une langue autre que celle de la version originale et de pouvoir les rendre accessibles à un public étranger.

Pour ce faire, le premier procédé imaginé était celui d’une version multiple, dans laquelle les comédiens des différents pays se succèdent tout au long du tournage afin de reproduire les mêmes scènes dans des langues différentes.

Les choses commencent à évaluer à partir à la fin des années 1920, avec l’invention d’une technique qui permet de faire défiler un texte synchrone à l’image, grâce à un procédé appelé “bande rythmographique”.

Le texte est alors écrit manuellement par l’auteur de doublage et ensuite recopié par un calligraphe. Cette technique traditionnelle et artisanale caractérise le doublage dans les pays francophones, tandis que les autres pays européens qui pratiquent le doublage travaillent directement à l’image, et utilisent un procédé différent, basé sur le jeu d’acteur et l’écoute simultanée de la version originale. Ainsi, les procédés d’écriture diffèrent fortement d’un pays à l’autre pour un résultat sensiblement similaire.

Si la méthode dite à l’image perdure encore dans de nombreux pays, dans les pays francophones c’est une toute autre histoire. Avec, à partir des années 2000, l’apparition de logiciels d’écriture sur bande rythmographique numérique, laquelle a considérablement accéléré le temps de travail et remplacé la méthode traditionnelle.

 

La chaîne de fabrication d’un doublage:


Le dialoguiste de doublage, un auteur:

Parce qu’un policier en intervention ne crie pas « c’est clair » là où il dit « clear » après avoir vérifié que la pièce inspectée était inoccupée, parce qu’une situation peut imposer qu’un personnage dise « vous avez osé? » sur « you what? » – et en étant très synchrone contre toute attente, le métier d’auteur de doublage ne se limite pas à de la traduction, et demande un savoir faire spécifique valorisé par son expérience. Être synchrone, c’est plus largement être « raccord » avec une situation, un contexte culturel, social, historique, être raccord avec le sens général du film au-delà du sens de la réplique isolée. Paradoxalement, une bonne VF devra parfois s’éloigner du sens littéral s’il veut réellement être fidèle à l’esprit du film.

C’est dans cette marge aux contours flous que l’adaptateur s’exprime avec pour objectif de créer un dialogue porteur et rythmé pour que le comédien francophone se l’approprie et fasse corps avec son personnage à qui il ne prête pourtant que sa voix.

Pour que le travail final soit le plus satisfaisant pour tous, du directeur artistique au public en passant par les diffuseurs:

  Adapter prend du temps : on estime à environ 5 jours le temps d’adaptation d’un épisode de 40 min, à 15 jours ou 3 semaines celle d’un long-métrage

  L’adaptateur mérite une rémunération décente respectueuse des tarifs qui ont fait l’objet d’un consensus par le syndicat des auteurs (Snac)

  Pour que les auteurs puissent toucher leur rémunération proportionnelle suite à l’exploitation de l’œuvre, les diffuseurs et distributeurs doivent remettre à la Sacem des programmes détaillés. Les adaptateurs ont à cœur d’écrire une version doublée respectueuse du film, pour le plus grand plaisir des spectateurs. Pour que vive le dialogue, l’Upad les représente auprès de leurs principaux interlocuteurs.

Les adaptateurs ne craignent pas d’être remplacés un jour par des traducteurs automatiques car leur activité demande une part d’interprétation et de création, une sensibilité par rapport à l’image et au texte, une analyse du film qu’ils adaptent. En revanche, notamment parce que ce métier est mal connu, il est parfois mésestimé et la pression économique en dégrade les conditions d’exercice.

Il est indispensable que le plus grand nombre de cinéphiles ou de téléspectateurs connaissent et défendent cette profession qui contribue à l’épanouissement de la diversité culturelle en permettant la libre circulation des films et programmes audiovisuels, toutes origines confondues.

Bien qu’il travaille sur commande et se situe dans la vaste phase de post-production, en aval d’une création originale, l’adaptateur est un auteur à part entière.

Sa spécificité justifie qu’il soit attaché au film par un lien de paternité. Comme l’ont montré des expériences d’atelier d’écriture, demandez à douze auteurs d’adapter la même séquence de film, vous aurez douze versions différentes ! Qu’ils le veuillent ou non, qu’ils en soient conscients ou non, ils ne sont pas « transparents ». Dans leurs défauts comme dans leurs qualités, leurs personnalités influent sur les œuvres.